Et si Maslow n’avait rien compris aux artistes?


Dans son ouvrage intitulé Motivation and Personality, le célèbre psychologue Abraham Maslow fait état de sa théorie sur la motivation. Bien que contestée en raison de ses limites et pour bien d’autres raisons, il n’en demeure pas moins que cette dernière est fréquemment enseignée dans les cours de management, de marketing et autres cours liés à la gestion.


Cette fameuse théorie met en lumière un model hiérarchique des besoins qui, selon lui, serait à la source des motivations humaines. Il prétend que pour chaque élément de motivation se cache un besoin fondamental.


En principe, les besoins figurants au bas de la pyramide doivent nécessairement être comblés avant de pouvoir satisfaire les groupes de besoins supérieurs.


Souvent exprimé sous la forme d’une pyramide, les groupes de besoins fondamentaux de la théorie sur la motivation de Maslow sont les suivants :



Donc logiquement, l’individu devra satisfaire ses besoins dans l’ordre suivant :


  • besoins physiologiques (se nourrir, dormir, etc.);

  • besoins de sécurité (un logis, environnement sans tracas, etc.);

  • besoins d'appartenance et d'amour (affection, faire partie d’un groupe, etc.);

  • besoins d'estime (reconnaissance, appréciation par les pairs);

  • besoins d'accomplissement de soi (sentiment de réussite, créativité, etc.).


Toutefois, nous comprenons tous qu’il est possible d’avoir des besoins à combler simultanément dans les différents paliers et que la motivation humaine ne se limite certainement pas qu’à cette simple théorie.


Qu’en est-il des artistes?


Bon, ici encore, il est difficile de généraliser, d’autant plus que je dois avouer d’entrée de jeu que je ne prétends pas non plus être un psychologue ou un expert en comportement humain.

Toutefois, à force de côtoyer des individus dotés d’un tempérament que je qualifie de type artistique, j’ai tout de même constaté bien des choses. C’est justement ces constats que je désire partager avec vous.


La plus grande différence entre mon comptable et mon ancien claviériste, c’est qu’ils n’ont pas la même vision de la notion du succès. Plus cartésien, mon comptable évaluera son succès sur des critères rationnels et quantifiables. Tout, ou presque, doit être mesurable. Pour sa part, mon claviériste évaluera l’atteinte de ses objectifs sur d’autres paramètres tels que sa popularité ou encore le nombre de vues obtenues pour sa récente vidéo distribuée sur YouTube.


C’est vrai. Le nombre de vues sur les médias sociaux est bel et bien quantifiable. Par contre, l’analyse précise du taux de conversion, l’impact immédiat et à long terme sur le « branding » de l’artiste et l’évaluation concrète des résultats que cela engendre est beaucoup plus abstraits comme concepts, surtout pour mon comptable.


Comme vous vous en doutez bien, en principe, un gérant d’artiste devrait avoir la bosse des affaires. Il doit avoir des compétences en gestion en plus de bien comprendre le «côté obscur» des artistes.


Outre le contrat qui unit ces parties, dans tous les cas, ces personnes sont aussi liées par un contrat psychologique qui doit être respecté. Dans certains cas, les éléments qui constituent ce contrat non-écrit sont bien évidents. Mais souvent, la relation qui existe entre l’artiste (employeur) et son gérant (employé) est aussi constituée de plusieurs éléments implicites. D’où l’importance d’avoir une bonne communication et d’être sur la même longueur d’onde.

Revenons à Maslow. Un jour, alors que je me questionnais sur la nature de la relation qui existe entre l’artiste et l’ensemble des personnes qui constitue son équipe, j’ai réalisé la chose suivante : Et si Maslow n’avait rien compris aux artistes?


J’ai dessiné la célèbre pyramide sur un bout de papier et j’ai vu que la plupart des artistes avec qui je travaillais avait justement l’ordre des besoins inversés par rapport à mon comptable. Pour moi, tout était clair.


Pour plus de précision, en voici le résultat :



Bref, les besoins de l’artiste sont souvent priorisés de cette manière :


  • besoins d'accomplissement de soi (sentiment de réussite, créativité, etc.);

  • besoins d'estime (reconnaissance, appréciation par les pairs);

  • besoins d'appartenance et d'amour (affection, faire partie d’un groupe, etc.);

  • besoins de sécurité (un logis, environnement sans tracas, etc.);

  • besoins physiologiques (se nourrir, dormir, etc.).


Je vais maintenant caricaturer un peu, « Juste un peu ». Mais, je connais beaucoup d’artistes pour qui il est plus important de s’exprimer, de s’accomplir et de créer et ce, même au détriment de combler les besoins physiologiques et les besoins de sécurité, par exemples.


Par rapport à mon comptable, mon avocat et mon banquier, les priorités des artistes sont, dans bien des cas, littéralement inversées. Toutefois, les « artistes » et les « cartésiens » doivent cohabiter, s’adapter et évoluer dans un monde en perpétuel changement.


Pour ce faire, j’ai constaté que les deux modèles de pyramides partagent un besoin qui se situe exactement au même niveau hiérarchique. Il s’agit du Besoin d’appartenance et d’amour. N’y aurait-il pas là justement un point de départ afin de créer une bonne relation entre l’artiste et son équipe de cartésiens?




En effet, mon conseil afin d’établir une relation plus harmonieuses est bien évidemment de mettre de l’eau dans son vin. Le gérant doit se mettre dans les chaussures de l’artiste et essayer de comprendre, par tous les moyens, ce que son client ressent. Cela pourra lui sembler totalement illogique par moment, mais c’est le seul moyen pour améliorer la communication et ainsi favoriser positivement la collaboration de son client. Il doit inclure l’artiste dans sa prise de décision et valoriser son jugement.


En ce qui en est de l’artiste, il doit impérativement se responsabiliser et s’éduquer. L’histoire démontre à maintes reprises que les artistes qui laissent tout entre les mains d’un tiers se retrouvent souvent avec des problèmes. En tant que patron, l’artiste doit être impliqué dans la gestion quotidienne de SA carrière. L’époque où l’artiste suivait bêtement toutes les recommandations de son gérant sans poser de questions est désormais révolue. Du moins, je le souhaite réellement.


En conclusion


Si cet article vous a permis d’évaluer le type de relation que vous avez avec votre artiste, ou votre gérant, et de comprendre certains éléments de votre contrat psychologique, j’aurai alors atteint mon objectif. N’hésitez jamais à réévaluer votre position face à vos relations professionnelles.


Je ne mériterai certainement pas un prix prestigieux pour mes propos et encore moins pour ma démarche scientifique. Mais soyons honnête, ce n’est pas le but visé.


Et si JE n’avais rien compris à Maslow?

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